Pollution de l’air : Airparif détaille les impacts des petites chaufferies au bois
Par : Sophie Sanchez
Graphique 1. Emissions de particules fines de différents moyens de chauffage
Source : Airparif, mars 2025
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Au vu d’une nouvelle étude réalisée par Airparif, l’association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France, les petites chaufferies biomasse, autrement dit au bois, de faible puissance émettent 6 à 15 fois plus de particules fines que les chaufferies biomasse de grande taille et de forte puissance. C’est pourquoi, afin d’éclairer les politiques publiques, l’association lance l’alerte sur l’impact de ces installations qui font l’objet d’une réglementation moins importante et moins contraignante en matière de suivi et de limites de rejets de polluants que les équipements de forte puissance.
Cette étude, rendue publique le 27 mars 2025, a été réalisée en partenariat avec Atmo Auvergne Rhône-Alpes, l’Ineris, l’Ademe et l’Anses. Airparif précise que l’Ineris publiera dans les prochains mois un nouveau volet de cette étude, concernant notamment l’analyse de la composition chimique des particules émises par les petites chaufferies biomasse.
Le document précise que l’étude a été financée par l’astreinte décidée par le Conseil d’État dans le cadre de la condamnation de l’État français pour non-respect des valeurs limites réglementaires en matière de qualité de l’air dans du territoire (lire notre article), ainsi que par la Métropole du Grand Paris et un appui financier complémentaire d’Atmo Auvergne Rhône-Alpes.
Le Citepa avait par ailleurs réalisé, dans le cadre de l’appel à projet CORTEA porté par l’Ademe, avec Indiggo et l’Ineris une étude et une campagne de mesures sur un périmètre proche portant sur les chaufferies bois de puissance inférieur à 1 MW (consultable sur la librairie Ademe).
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Airparif, l’association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France
En France, la surveillance de la qualité de l’air est confiée à des associations indépendantes, les AASQA (associations agréées de surveillance de la qualité de l’air). Ces associations, à dimension régionale, composent le dispositif de référence au niveau national.
Ainsi en Île-de-France, Airparif assure des missions de surveillance, d’analyse et d’expertise mais également d’alerte, d’information et de formation sur le champ de la qualité de l’air incluant le lien entre air – climat et énergie.
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Contexte
Forte expansion des chaufferies biomasse en Île-de-France
En Île-de-France, le nombre de chaufferies biomasse a été multiplié par quatre entre 2010 et 2020. De tailles très variables, ces chaufferies sont utilisées en raison de leur coût modéré et parce qu’elles peuvent contribuer à la transition bas-carbone lorsqu’elles se substituent à des chaufferies fonctionnant au gaz fossile ou au fioul. En Île-de-France, ces installations sont majoritairement employées pour chauffer des bâtiments de grande taille tels que des hôpitaux, Ehpad, écoles ou mairies.
Parmi ces chaufferies, celles de taille et puissance plus faibles (< 500 kW) ont été peu étudiées jusqu’à présent. Or ces installations émettent des polluants de l’air, nocifs pour la santé, à savoir des gaz (oxydes d’azote, monoxyde de carbone, etc.) et, dans de grandes proportions, des particules fines et ultrafines.
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Résultats de l’étude
Installations dépourvues de systèmes de filtration
Aussi afin d’éclairer les politiques publiques, Airparif a mené pour la première fois une étude des émissions de ces chaufferies en conditions réelles et pendant la période de chauffe. Huit chaudières ont été instrumentées en continu en Île-de-France, sur une durée d’un à six mois pour mesurer les émissions des principaux polluants et des gaz à effet de serre.
Les résultats montrent que ces chaufferies émettent 6 à 15 fois plus de particules fines que les chaufferies biomasse de grande taille et de forte puissance et ce, quel que soit le combustible utilisé (granulés ou plaquettes forestières). En effet, ces équipements se caractérisent par une moindre efficacité de la combustion. En outre, ces installations ne sont généralement pas équipées de systèmes de filtration et ne sont pas soumises, contrairement aux chaufferies de plus grande taille, à une réglementation limitant leurs émissions de particules dans l’air.
Pour rappel, la combustion du bois est l’un des moyens de production d’énergie les plus émetteurs pour l’air, avec la combustion du charbon. Ainsi à chaleur fournie identique, les petites chaufferies biomasse alimentées aux granulés émettent en moyenne six fois plus de particules fines (PM2,5, soit les particules inférieures à 2,5 micromètres) que des chaufferies biomasse de grande taille et puissance (> 50 MW) et en moyenne 15 fois plus quand elles sont alimentées aux plaquettes forestières.
Comparées à des chaudières ou poêles à granulés individuels (qui sont les moyens de chauffage individuels au bois les moins polluants pour l’air), les petites chaufferies biomasse évaluées émettent nettement moins (-53%) de particules fines lorsqu’elles utilisent des granulés, mais a contrario plus (+17%) lorsqu’elles sont alimentées aux plaquettes forestières.
Fait aggravant, les mesures effectuées par Airparif montrent que, comme pour les autres moyens de chauffage au bois, les particules émises par les petites chaufferies biomasse appartiennent principalement aux plus petites gammes de particules, qui sont aussi potentiellement les plus nocives pour la santé : en moyenne, 85 % à 99 % des particules émises en masse ont un diamètre inférieur à 1 micromètre. Certaines dont la taille médiane est comprise entre 28 et 50 nanomètres (nm), font partie des particules ultrafines, dites PUF, inférieures à 100 nm, soit la taille d’un virus. Or les PUF, bien que très nocives pour la santé, ne sont actuellement pas réglementées ni dans l’air ambiant ni à l’émission des installations.
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Leviers d’action
Forte expansion des chaufferies biomasse en Île-de-France
Airparif a identifié plusieurs leviers permettant de limiter la pollution aux particules émises par les petites chaufferies biomasse :
- Bon dimensionnement des chaudières en fonction des besoins de chauffage : les mesures réalisées ont montré que certaines chaufferies avaient des cycles de fonctionnement très irréguliers, avec de fréquents démarrages et arrêts dégradant la qualité de la combustion et provoquant une augmentation des émissions de polluants dans l’air ;
- Réglage de l’excès d’air : un excès d’air trop important, souvent lié à un mauvais réglage, augmente fortement les émissions de particules fines, même s’il tend à diminuer les émissions concomitantes d’oxydes d’azote (NOx), un autre polluant de l’air. Il provoque une baisse de la température du foyer, dégradant ainsi la qualité de la combustion. Un réglage plus précis des débits d’air entrants doit permettre de réduire efficacement ces émissions, tout en conservant un excès d’air suffisant ;
- Choix du type de combustible : les chaufferies alimentées aux granulés entraînent globalement des émissions de particules fines moindres que celles alimentées en plaquettes forestières. Cela s’explique notamment par une présence plus importante de sodium et de potassium dans les plaquettes forestières qui favorise une augmentation des émissions de particules fines.
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Synthèse à venir sur l’impact climatique du bois de chauffage
Airparif souligne que la combustion du bois émet également des gaz à effet de serre, à savoir du dioxyde de carbone, et, dans de mauvaises conditions de combustion, du méthane. Il est souvent considéré, ajoute l’association, que ce dioxyde de carbone est compensé par l’absorption de CO2 lors de la croissance des arbres. Mais cette approche repose sur une vision comptable du carbone, et ne prend pas en compte le fait que la reconstitution des stocks de carbone forestier peut prendre de quelques années à plusieurs décennies, période durant laquelle le CO₂ reste présent dans l’atmosphère. Par conséquent, il reste à trancher sur la neutralité carbone de ce type de processus et sa capacité de décarbonation en substitution à d’autres sources d’énergies.
Airparif précise que Atmo Auvergne Rhône-Alpes communiquera prochainement sur une synthèse des connaissances existantes à propos de l’impact climatique de l’usage du bois de chauffage (notamment la neutralité climatique du bois-énergie, le rôle de puits de carbone de la forêt et l’évolution de la ressource bois), au regard des impacts sur la qualité de l’air.
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En savoir plus
Retrouvez le communiqué de presse : Pollution de l’air : les petites chaufferies biomasse sous la loupe d’Airparif | Airparif
Retrouvez le rapport complet : Mesures à l’émission de petites chaufferies biomasse (< 500 kW) en conditions réelles d’exploitation – Rapport complet