Météo France dépeint la variabilité, les extrêmes et les impacts climatiques pour un niveau de réchauffement de la France de + 4°C
Par : Sophie Sanchez

Le rapport de Météo France intitulé « À quel climat s’adapter en France selon la TRACC ? » publié le 20 mars 2025 présente une synthèse des évolutions climatiques futures en France. Ce document vise à fournir une cible commune d’adaptation pour préciser les changements climatiques auxquels le pays devra s’adapter au cours du 21e siècle.
Météo France avait publié fin 2024 un premier volet sur les températures et précipitations. L’établissement public décrit cette fois dans ce second rapport « la variabilité, les extrêmes et les impacts climatiques ». Ces travaux s’inscrivent dans la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC – lire notre article), cadre commun qui permet de fonder les actions à mener partout en France.
Le document souligne l’importance de connaître précisément ces évolutions pour permettre aux acteurs locaux, publics et privés, de préparer des stratégies d’adaptation efficaces.
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Contexte
Météo France rappelle que les effets du changement climatique sont désormais largement observés en France, influençant profondément l’ensemble des activités et des territoires. Or, à ce jour, les actions climatiques définies ou engagées au niveau international induisent un risque de dépasser le seuil des +2°C de réchauffement planétaire fixé par l’Accord de Paris, auquel il convient de se préparer.
De fait, comme l’avait relevé le Haut Conseil pour le climat dans son avis sur le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3) (lire notre article), la France est très exposée aux risques climatiques. L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite et le réchauffement a atteint 2,2 C° en France sur les 10 dernières années.
De son côté, Météo France souligne que les autorités françaises ont défini en 2023 une Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) visant à établir de manière cohérente à quel climat s’adapter tout au long du 21e siècle, et permettant notamment de se préparer à un réchauffement de +4°C sur la France hexagonale en fin de siècle.
Dans ce cadre, Météo France a été chargé de produire les données et indicateurs climatiques décrivant le climat et ses aléas aux différents jalons de cette trajectoire d’adaptation. Le document rassemble et synthétise les informations et les données climatiques de la TRACC sur la France, pour en faciliter la prise en main par une large palette d’acteurs.
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Définition de la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique
La Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) a été établie en s’appuyant sur les données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Définie à partir du scénario tendanciel, elle doit servir de référence à toutes les actions d’adaptation menées en France (lire notre article).
En France hexagonale, ce scénario prévoit une hausse des températures moyennes
– de + 2 C° en 2030 ;
– de + 2,7 C° en 2050 ;
– et de + 4 C° en 2100
par rapport à l’ère préindustrielle.
Aussi, pour déterminer l’évolution du climat au cours du siècle prochain, cette synthèse scientifique, qui se veut pédagogique, présente les projections climatiques pour trois niveaux de réchauffement planétaire : +1,5°C, +2°C et +3°C par rapport à l’ère préindustrielle, correspondant respectivement à des réchauffements de +2°C, +2,7°C et +4°C pour la France métropolitaine. Ces projections sont essentielles pour anticiper les risques et définir des plans d’adaptation adaptés aux différentes régions françaises, relève le document.
Ainsi ce second rapport décrit pour un niveau de réchauffement à +4°C
- la variabilité climatique interannuelle – autrement dit, les fluctuations des valeurs de précipitations et de températures d’une année à l’autre ;
- les différents extrêmes climatiques (températures, précipitations, sécheresse et vent) ;
- et les impacts en matière de ressource en eau, d’enneigement en montagne et de risques de feux de forêt.
La synthèse graphique ci-dessous, publiée à la fin du rapport, résume l’ampleur des bouleversements auxquels le pays sera confronté.
Source : Météo France, mars 2025
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Variabilité climatique interannuelle
Pour un niveau de réchauffement de la France de +4°C, horizon 2100 de la TRACC,
- La variabilité des températures et des précipitations d’une année à l’autre se maintient, voire se renforce aux différents horizons de la TRACC : il est donc indispensable de considérer les écarts possibles des températures et des cumuls de précipitations aux moyennes sur 20 ans tant au niveau annuel que saisonnier. Les comparaisons se font notamment par rapport à l’année 2022, une année récente ayant connu un fort excédent de température de +2,1 °C par rapport à la référence 1976–2005 et un fort déficit de pluviométrie (de l’ordre de -25%) ;
- Une année aussi chaude que 2022 serait une année exceptionnellement fraîche à l’horizon 2100 de la TRACC. Les années les plus chaudes peuvent ainsi dépasser de plus de +2°C la température moyenne annuelle observée en 2022 ;
- Pour les précipitations à l’échelle annuelle, les années de faibles précipitations sont globalement comparables aux années connues ces vingt dernières années mais des années plus humides que les records observés à ce jour sont possibles ;
- Des hivers frais deviennent progressivement moins probables sans être totalement exclus. Des hivers secs sont encore possibles mais les hivers humides dominent, avec des cumuls qui dépassent largement les records actuels ; Un été aussi chaud que 2022 devient un été plutôt frais et des étés plus chauds de +2 à +3°C sont attendus. Les étés humides peuvent encore exister mais les étés secs prédominent et des déficits beaucoup plus importants que ceux observés jusqu’à présent sont attendus ;
- Le rapport met en évidence la possibilité de grande variabilité entre des saisons chaudes et des saisons fraîches, des saisons sèches ou des saisons humides. La possibilité de dépassement des records humides de précipitations en hiver ou des records secs en été sont à considérer dans les démarches d’adaptation.
Extrêmes de température
Pour un niveau de réchauffement de la France de +4°C,
- La hausse des extrêmes chauds est un enjeu majeur pour de nombreux secteurs en matière d’adaptation ;
- Le nombre annuel de jours de très forte chaleur (température maximale dépassant 35°C) atteint 8 jours à l’échelle de la France contre moins de 1 jour sur la période de référence. Dans les régions méditerranéennes, on attend en moyenne jusqu’à 30 à 40 jours de très forte chaleur par an (soit une dizaine de jours supplémentaires par rapport aux records de l’été 2022) ;
- Le nombre annuel de nuits chaudes (plus de 20°C) approche les 25 jours en moyenne sur la France contre seulement 2 jours sur la période de référence. Sur le littoral méditerranéen, on attend en moyenne jusqu’à 100 à 120 nuits chaudes par an (soit près de 20 à 40 nuits supplémentaires par rapport aux records de l’été 2022) ;
- Alors qu’il était extrêmement rare au 20e siècle en France, le seuil des 40°C est atteint en moyenne tous les ans et localement des records de chaleur jusqu’à 50°C sont possibles dès l’horizon 2050 de la TRACC et deviennent probables dans les événements caniculaires les plus intenses à l’horizon 2100 de la TRACC ;
- Le nombre de jours de vagues de chaleur est multiplié par 7 à 12 par rapport au climat des années quatre-vingt-dix et encore par 3 par rapport au niveau de réchauffement en France à +2°C correspondant au climat actuel. Les vagues de chaleur se produisent de mi-mai à fin septembre et peuvent durer jusqu’à deux mois en continu ;
- À l’inverse, le nombre de jours de gel se réduit à une quinzaine de jours en moyenne sur la France contre 43 jours sur la période de référence. Dans les régions littorales et le sud du pays, les gelées deviennent rares (quelques jours par an) mais sont toujours susceptibles de causer des impacts importants si elles se produisent à des stades végétatifs plus avancés.
Pluies intenses
Pour un niveau de réchauffement de la France de +4°C,
- Les pluies quotidiennes maximales annuelles augmentent sur l’ensemble du pays, de l’ordre de 15 % en général et jusqu’à +30 % dans certaines simulations ;
- Les augmentations les plus fortes sont attendues sur la moitié nord, atteignant + 20% en général et beaucoup plus dans certaines simulations. Certaines simulations renforcent aussi les précipitations intenses sur les régions méditerranéennes ;
- Ces évolutions sensibles peuvent concerner l’ensemble des événements pluvieux rencontrés sur le territoire comme les pluies d’hiver sur le nord de la France ou les événements cévenols sur les régions méditerranéennes ;
- Des travaux complémentaires sont nécessaires pour caractériser l’évolution des pluies convectives intenses sur quelques heures.
Ressource en eau et sécheresse du sol
Pour un niveau de réchauffement de la France de +4°C,
- L’évapotranspiration potentielle de la végétation augmente fortement à l’échelle de la France (de près de 20 %) et le bilan hydrique est réduit (de plus de 100 mm soit l’équivalent d’un à deux mois de pluie) ;
- La diminution du bilan hydrique est plus marquée dans les régions méridionales tandis que cette baisse est parfois incertaine près des frontières nord et est du pays ;
- Le nombre de jours de sol sec augmente d’un mois dans la moitié nord et jusqu’à deux mois dans la moitié sud ;
- Le nombre de jours de sol sec atteint quatre à cinq mois dans la moitié nord et jusqu’à plus de sept mois sur les régions méditerranéennes ;
- Les sécheresses deviennent fréquentes en été et en automne. Certains événements de sécheresse peuvent s’étaler sur plusieurs années consécutives ;
- Une sécheresse, telle que connue en 2022, devient un événement fréquent en été.
Risques de feux
Pour un niveau de réchauffement de la France de +4°C,
- Le risque élevé de feu se généralise à l’ensemble du pays et concerne des régions peu touchées jusqu’à présent ;
- Certaines régions de la moitié nord (régions de la Loire au Bassin parisien) connaissent un risque de feu élevé selon des fréquences rencontrées à ce jour sur l’arrière-pays méditerranéen ;
- Sur les régions méditerranéennes, le nombre de jours de seuil élevé est multiplié par deux ;
- La saison de risque élevé ou modéré de feux s’allonge d’un à deux mois dans certaines régions.
Enneigement en montagne
Pour un niveau de réchauffement de la France de +4°C,
- Le nombre de jours de neige au sol en hiver se réduit fortement sur tous les massifs, d’un à deux mois en moyenne aux altitudes les plus hautes, et de deux à trois mois en moyenne aux altitudes moyennes et basses ;
- En moyenne montagne, la présence de la neige au sol se réduit progressivement à la période du cœur de l’hiver (mi-janvier à mi-mars) et la saison d’enneigement continu devient en moyenne inférieure à deux mois.
Tempêtes
Pour un niveau de réchauffement de la France de +4°C,
- Aucun signal n’apparaît sur l’évolution de l’intensité des vents forts tels que connus lors des événements de tempête ;
- Les rafales de vent sous orage nécessitent d’être étudiées avec des modèles climatiques à haute résolution spatiale et à convection résolue ;
- Le risque de submersion marine lors d’événement de tempête est cependant en forte hausse du fait de l’augmentation des niveaux marins.
En savoir plus
Retrouvez le second volet du rapport de Météo France : rapport-trajectoire-rechauffement-adaptation-changement-climatique-partie-2.pdf
Consultez également le premier volet qui portait sur les concepts et données de base pour les températures et précipitations : A quel climat s’adapter en France selon la TRACC?
Retrouvez la définition de la TRACC : Adaptation : le MTE lance une consultation pour définir une trajectoire de réchauffement de référence – Citepa